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Faune de chez nous
 
       
Le Faucon Crécerelle
 
 

Mâle: Le mâle Faucon crécerelle dans toute sa splendeur
 

Voici un oiseau bien connu de tous, le Faucon crécerelle. Pourtant, même s'il est un grand destructeur de rongeurs, ce joli rapace ne fait pas l'unanimité comme en témoigne ce reportage réalisé dans une classe de l'école de R---- (censuré), juste avant le départ des élèves pour une sortie-nature…

- L'instituteur : "Aujourd'hui, nous allons étudier un oiseau que vous connaissez tous j'espère, le Faucon crécerelle. Mais, j'en vois un au fond de la classe, près du convecteur, qui s'agite déjà ! Oui, Justin ?"
- Justin : "On m'a toujours dit à la maison que ce piaf est un opportuniste, un malfaisant, un tueur de gibier, un taliban, bref, un nuisible ! Je ne vois donc pas l'intérêt de perdre du temps à son sujet. Un coup de fusil, et n'en parlons plus !"
- L'instituteur : "Hé bien si, au contraire, parlons-en ! Je sais que, dans notre région, les rapaces ne sont guère appréciés par certains et je voudrais vous expliquer pourquoi ils ne méritent absolument pas leur mauvaise réputation. Ah, au fait, Justin, tu rappelleras aux membres de ta famille que les rapaces sont protégés par la loi. Et maintenant, silence dans les rangs, nous partons en campagne à la découverte du Faucon crécerelle."
- Les enfants, en chœur : "Chouette, M'sieur, on va se promener !"

     
Tête ronde, œil sombre, bec court, des ailes longues, pointues et étroites telles des lames de faux merveilleusement adaptées aux grands espaces, silhouette élégante, vol rapide, le Faucon crécerelle est facilement reconnaissable. Avantage supplémentaire, ce sympathique oiseau de proie est commun dans notre région. Son territoire de chasse étant de l'ordre de 300 hectares (contre de 7 à 15.000 pour l'aigle royal !), il n'est pas rare d'en rencontrer plusieurs à quelques centaines de mètres de distance, perchés sur un fil de France Télécom ou voletant sur place…


La position du "Saint-Esprit"...


Non, ne cherchez pas dans votre Kama Soutra de chevet, ce serait peine perdue ! Il n'y a rien d'érotique dans les pratiques de la crécerelle, seulement une sorte de prouesse aérienne - qu'elle prétend d'ailleurs être la seule à savoir utiliser ! Mais, en réalité,
la Buse variable, le Circaète Jean-le-Blanc ou encore le Martin-pêcheur pie en Afrique savent eux aussi voler en adoptant cette fameuse position dite du "Saint-Esprit", ils nous l'ont confirmé... Il est vrai cependant que la crécerelle excelle dans cette technique qui lui permet, tout en fouettant l'air de ses ailes à quelques dizaines de mètres, de balayer de sa vue perçante une prairie ou un labour, de localiser facilement sa proie et d'attendre le moment propice pour plonger sur elle. En quelques secondes, les ailes à demi-repliées, voici l'oiseau au sol… Difficile alors de le distinguer… Mais, le voilà déjà qui remonte, à la recherche d'un perchoir… Il vient de rater sa cible, ainsi que cela arrive assez souvent - trop souvent à son goût !
Encore plus fort, encore plus esthétique lorsque le vent souffle : cette fois, la crécerelle "se cale" face au courant d'air, les ailes immobiles ou tout juste frémissantes, comme clouée au ciel. Mais que passe une corneille et on la verra aussitôt quitter son poste d'observation aérien pour harceler l'effrontée par des attaques en piqué dignes d'un Jack Krine aux commandes de son T6 - ceux qui ont assisté au meeting de Bergerac en août dernier comprendront ! Si elle est très tolérante à l'égard de ses semblables, la crécerelle ne supporte guère les étrangers qui osent pénétrer sur son territoire de chasse.


Profession: régulateurs de rongeurs

Comme tous les rapaces, le Faucon crécerelle se trouve à l'extrémité de la chaîne alimentaire. Il s'agit donc d'un prédateur, s'attaquant en priorité aux campagnols, souris et autres mulots qui, il n'est pas inutile de le rappeler, passent leur vie à grignoter le grain du cultivateur. Les petits rongeurs constituent plus de 70% de son régime alimentaire, les insectes près de 20% (grillons, sauterelles, hannetons), les oiseaux, batraciens et reptiles de petite taille se partageant, si l'on peut dire, les 10% qui restent.
En inspectant minutieusement les pieds de poteaux ou de piquets dans nos campagnes, on trouvera à coup sûr des pelotes de réjection, grande spécialité des rapaces; celles du Faucon crécerelle, grises, mesurent de 2 à 4 centimètres. Selon le lieu et l'époque, on y trouvera des poils et fragments d'os de rongeurs, des élytres d'insectes ou des écailles de reptiles, plus rarement des plumes d'oiseaux.
Ceux qui doutent encore à ce sujet feraient bien de se transformer en "dénicheurs de pelotes" : celles-ci étant, par nature, le reflet exact de l'alimentation des rapaces, elles ne mentent pas. Et ils constateraient que nous sommes bien loin de ces monstres assoiffés du sang des animaux domestiques et du gibier décrits avec moult détails effrayants par certains magazines...

À propos des méthodes de chasse utilisées par le Faucon, voici maintenant le témoignage poignant d'un haut responsable du SDCEC (Syndicat des Campagnols en Colère) : "Après avoir fermement capturé dans ses serres affreuses un de nos malheureux compagnons, l'horrible volatile l'achève à grands coups de bec sur la tête. Il le dépèce ensuite et le déchiquette pour le manger par petits morceaux. C'est assez, halte au massacre ! Et cet assassin est protégé ! Un vrai scandale, Monsieur, je vous autorise à l'écrire !"

À l'image de tout prédateur qui se respecte, notre Faucon n'est pas un fondu de l'effort physique et, loin de rechercher l'exploit sportif, il est plutôt adepte de la loi du moindre effort, celle qui lui fera consommer le moins d'énergie en s'attaquant à une proie malade, blessée ou ayant un comportement déviant… Cette sorte d'épuration contribue à maintenir les espèces chassées en bonne santé. D'autre part, si les petits rongeurs passent souvent dans l'assiette de la crécerelle, c'est qu'ils sont très nombreux; dès lors, pourquoi l'oiseau irait-il chercher d'autres proies ailleurs, je vous le demande ? Se servant au plus simple et au plus près, la crécerelle s'économise tout en régulant les populations de rongeurs, voire en freinant leur expansion - au même titre que les serpents, le renard, le lynx, l'ours ou le loup.

Alors, nuisible, le Faucon crécerelle ? Certes non ! Bien au contraire, il est un précieux auxiliaire de l'agriculteur, et la présence d'une population normale de crécerelles (et d'autres rapaces) sur un territoire indique la bonne santé biologique de celui-ci. La disparition de ces oiseaux, en revanche, traduit l'appauvrissement d'un milieu. Qu'on se le dise !

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