Accueil  >  Connaître le Bergeracois  >  Environnement  >  Faune de chez nous
Faune de chez nous
 
De la vie difficile des crécerelles...

Véritable fléau pour les cultures, les pullulations cycliques de campagnols sont immédiatement suivies d'une augmentation des populations de rapaces qui s'en délectent. Dame Nature l'a voulu ainsi, et c'est une sage décision : l'abondance des proies disponibles influence l'importance des pontes. Mais, quand on sait que 90% des jeunes Faucons meurent durant leurs trois premières années d'existence, on se dit que Monsieur et Madame Crécerelle devraient peut-être penser plus souvent à la bagatelle, et adopter d'autres positions que celle du Saint-Esprit, histoire de ne pas sombrer dans la monotonie !

Vol: Le vol en "Saint-Esprit" de la crécerelle

Habituellement, une ponte ne comporte que 4 à 6 œufs; celle-ci, couvée de 27 à 29 jours, ne produira que 2, 3 ou au mieux 4 jeunes à l'envol après d'innombrables difficultés rencontrées au cours de la période d'élevage. Car les occasions ne manquent pas pour que les efforts des parents soient ruinés : prédation (la fouine et la corneille apprécient les œufs et oisillons), pénurie de nourriture, froid ou pluie persistante, sans compter les combats fratricides au nid, très courants et sur lesquels nous aurons l'occasion de revenir à propos d'autres rapaces.

L'espérance de vie des adultes, elle, ne dépasse guère 5 à 7 ans - on a cependant connaissance de quelques "vieux" Faucons qui vécurent 15 ou 16 ans. Les causes de mortalité sont fort nombreuses : malformations, parasitoses, accidents, prédation, chasse, ou encore empoisonnement - merci à ceux qui déversent sur leurs cultures des produits hautement toxiques destinés à détruire les rongeurs. Les rapaces se trouvant en bout de chaîne alimentaire, bonjour les dégâts ! Il faut savoir qu'une cochonnerie comme la Bromadiolone tue en France chaque année non seulement des milliers d'oiseaux protégés, mais aussi des renards, des sangliers et d'autres "animaux gibier"… et même des chiens !
Autre ombre au tableau, la crécerelle a souvent la fâcheuse idée de pondre dans un ancien nid de corvidé; il n'est donc pas rare que, pendant la couvaison, elle soit fusillée "à la place" d'une pie ou d'une corneille. On dit dans ce cas qu'il s'agit d'une bavure...

Opportuniste, le Faucon crécerelle, comme l'affirmait Justin ? Certes, on peut le dire, même s'il n'arrive pas à la cheville du Milan noir, qui reste le grand spécialiste du chapardage ! On le voit néanmoins fréquenter les bas-côtés des autoroutes, là où capturer un rongeur ou un insecte paraît tellement plus facile... Mais le danger est aussi plus grand dans ces espaces sillonnés par de grosses bestioles de fer et de plastique pétaradantes, roulant bien au-delà des 130 km/h autorisés. Pensez à eux, ralentissez !


Autour du nid…

Les crécerelles ne construisent pas de nid, mais adoptent des plateformes existantes avec accès dégagés et en hauteur pour une surveillance optimale : crevasses ou corniches, bâtiments agricoles, ponts, tours ou ruines, plus rarement charpentes ou cavités dans de vieux troncs. Mais ce sont avant tout les nids de corneilles, de pies ou d'écureuils que ces oiseaux aiment "squatter".

La crécerelle chasse volontiers aux environs immédiats de son aire - toujours la loi du moindre effort ! -, mais on peut aussi la voir en maraude à plusieurs kilomètres du domicile conjugal. Seuls, les abords du nid, dans un rayon de 10 à 20 mètres, sont défendus par les propriétaires contre toute intrusion.

L'activité des Faucons se fait plus importante en février et, surtout, à partir de mars-avril, quand les migrateurs sont de retour. Généralement, c'est le mâle qui choisit l'emplacement du nid après avoir fait une cour assidue à sa compagne : poursuites folles, virages serrés autour d'elle, piqués, présentations d'offrandes en vol ou sur un perchoir... Tout ce cinéma précède, vous l'aviez deviné, l'accouplement.
À partir de la mi-avril, la femelle est retenue par la couvaison. Le silence autour du nid est seulement troublé par le cri du mâle annonçant son arrivée, une proie dans les serres. Et Madame Crécerelle ne commencera à quitter le nid qu'une quinzaine de jours après l'éclosion, lorsque l'appétit des jeunes nécessitera que les deux parents partent en chasse. Le poussin, qui pesait 14 g à la sortie de l'œuf, atteint en effet 225 g à trois semaines ! Son poids, qui est alors à son maximum, comprend une grosse réserve de graisse nécessaire à la pousse des plumes et aux premiers battements d'ailes.
Les survivants de la nichée sont en mesure de se lancer dans leurs premiers exploits aériens 27 à 33 jours après l'éclosion et, à l'âge de cinq semaines, ils savent parfaitement voler. On assiste alors à des scènes touchantes de nourrissage aux abords de l'aire, scènes qui s'espacent peu à peu, au rythme de l'apprentissage de la chasse. Dès juillet, les jeunes sont indépendants et s'envolent, chacun pour soi, vers de nouvelles aventures…

Retour Suite