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Balade-fraîcheur en Pays d'Eymet : au fil de l'eau, au fil du Dropt...

A l'heure où le printemps semble vouloir s'installer, et où le projet de chemins de randonnée sur le canton d'Eymet et plusieurs communes limitrophes devient (enfin !) réalité, nous vous invitons à une balade-fraîcheur sur le thème de l'eau...

A la rencontre des ruisseaux qui font le Dropt, des ponts médiévaux et moulins, tourons, fontaines et lavoirs, puits et grottes, sources et résurgences... A la découverte de ce qu'il est convenu d'appeler "le petit patrimoine", représenté par des ouvrages importants ou modestes par la taille - voire très discrets -, témoins d'un passé parfois lointain ou encore très proche de nous, toujours pleins de charme et dignes d'intérêt. Sur la quinzaine de communes concernées, l'eau est le dénominateur commun d'une bonne quarantaine de sites.

Le Pays d'Eymet vaut donc, à lui seul, le déplacement. Cependant, situé à mi-chemin du cours paresseux du Dropt, il est aussi idéalement placé pour aller plus loin, à l'Est comme à l'Ouest, afin de s'imprégner tout au long de cette jolie rivière d'un remarquable patrimoine urbanistique, architectural, historique et paysager, comme nous le verrons dans la seconde partie de ce texte...

L'eau, source de vie et de conflits...
L'eau est devenue de nos jours un grave problème d'actualité. L'approvisionnement des populations sera même - avec le traitement des déchets, nucléaires et autres - "LE" problème n° 1 du siècle qui vient de commencer. On se battra très probablement, dans les cent prochaines années, pour s'assurer le contrôle de cette ressource naturelle indispensable. Au Moyen-Orient, en Afrique ou ailleurs...

En Pays d'Eymet, nous n'en sommes pas encore là, même si, ici comme partout, on gaspille allégrement... Fort heureusement, le précieux liquide, limpide et frais, jaillit toujours de ces fontaines privées ou communales qui, avant d'être condamnées par l'adduction d'eau, furent pendant des siècles sources de vie...
 

Pierre moussue, ruisselet d'eau claire, voûte en pierre de taille et portillon de bois... La fontaine du Fricandou, sur la commune de Fonroque
     

Une des selles du touron de Saint-Sulpice, qui étaient utilisées par les lavandières. L'emplacement de leurs genoux est marqué dans la pierre usée... Dure époque.
 
Ces fontaines, puits et tourons étaient indispensables aux fermes isolées, hameaux et villages; on donnait même parfois à certains de ces lieux des vertus bénéfiques - bonne santé, fécondité décuplée, grande richesse ou réussite en mariage, vertus qui, bien entendu, n'ont jamais été vérifiées !On venait puiser l'eau à la fontaine, qui était lieu de rencontre "obligée", propice à l'échange des derniers potins, à la propagation de la rumeur... Au touron, agenouillées sur des "selles" de pierre, les femmes battaient le linge et... médisaient d'abondance !

Si l'eau était un bien indispensable aux hommes, les animaux n'étaient pas pour autant oubliés : on trouve toujours, aux abords des fontaines, tourons et lavoirs, un bassin alimenté par de savantes dérivations où le bétail venait s'abreuver en toute quiétude...
     
Les tourons de Saint-Sulpice et Rouquette (et, dans une moindre mesure, ceux de Razac-d'Eymet et Fonroque) constituent des phénomènes naturels assez déconcertants : en effet, comment explique-t-on que ces résurgences apparaissent en partie haute des talus, a seulement quelques mètres du sol calcaire du plateau, plutôt qu'au bas de la pente ? Y aura-t-il un géologue, un spécialiste de l'hydrologie pour nous éclairer ?

Rencontres coquines au bord du Dropt...

Fondée le 28 juin 1270 par Alphonse de Poitiers, la bastide d'Eymet doit son existence même à cette rivière nonchalante, dont les fertiles alluvions sont à l'origine de la richesse agricole de la vallée et de son très ancien peuplement. On notera toutefois que sur la quinzaine de bastides que compte le bassin du Dropt, celle d'Eymet est la seule à s'être blottie au creux de l'un de ses méandres.
 

Le touron de Saint-Sulpice - vue de l'intérieur de la grotte. Il s'agit du plus bel exemple de résurgence de la région, dans un site superbe surplombant le lac de L'Escourroux


Non loin d'Eymet, le moulin de Bretou se reflète dans les eaux calmes du Dropt.
 
Très tôt, les hommes ont su tirer parti de la force hydraulique de la rivière, si bien que sur les 130 kilomètres de son cours, des forges, des écluses et des "pelles", des biefs et non moins de 60 moulins furent construits. Certains ont disparu, d'autres sont en ruine, d'autres encore ont été "détournés", devenant d'agréables résidences. Le moulin d'Eymet est le dernier à être resté en service, jusqu'en 1988 - il devrait être prochainement restauré.

Le Dropt, voie de communication importante à la fin du XIXe siècle... L'ingénieur Lakanal projeta même de le canaliser, afin de faciliter la navigation des petites gabares qui remontaient jusqu'à Eymet - il reste, face au moulin, des traces du port, notamment de la pente pavée qui permettait de décharger les embarcations. Mais, tuées par la route et le chemin de fer, les gabares qui transportaient les pièces de chêne et de châtaignier, les céréales et les précieuses barriques de vins de Bergerac ne circulent plus depuis longtemps...
On attend maintenant qu'une collectivité prenne l'initiative d'un "écomusée de la meunerie et de la batellerie sur le Dropt"... Il y aurait tant à raconter et à montrer...
     
Le Dropt, lieu de convivialité, de pique-nique, de rendez-vous galant, de baignade ou de balade du dimanche à bord d'un barque à fond plat... Il est incontestable que, dans les villages de la vallée, de très nombreuses générations ont été profondément marquées par la présence de la rivière. Mais, depuis les années 30, tout cela est passé de mode - encore que l'on peut de nouveau aujourd'hui circuler en canoë sur certains secteurs. En attendant mieux ?

Plus de rencontres coquines sur les rives ombragées du Dropt (mais rien n'empêche la jeune génération de reprendre le flambeau !), plus d'activité commerciale sur son cours... Il reste la pêche, pour les amateurs de bourriches bien remplies... Il reste, aussi, l'irrigation. Afin de répondre aux besoins de l'agriculture, du maraîchage et de l'arboriculture, des retenues colinéaires ont été réalisées pour le soutien du débit d'étiage de la rivière - trois en amont d'Eymet, et une en aval, la plus vaste d'Aquitaine : avec ses 120 hectares inscrits dans un cadre naturel préservé d'une qualité exceptionnelle, le lac de L'Escourroux constitue à lui seul un but de promenade. D'autant que c'est en ce bien bel endroit que les chemins de randonnée du Pays de Duras voisin et du Pays d'Eymet font leur jonction.
 

Un vieux pont roman enjambe le Dropt, sur l'ancienne route Marmande-Bergerac, à deux pas de la bastide d'Eymet.


Le lac de L'Escourroux, la plus vaste retenue d'eau d'Aquitaine.
Le Dropt, rivière d'Histoire
Au Moyen Age, pendant trois siècles, le Dropt marqua la frontière entre l'Agenais sous domination anglaise et le Périgord français - à moins que cela soit l'inverse... En ces temps agités, cette "frontière" était en effet plus que perméable, tandis que les alliances (pas toujours honnêtes !) et influences évoluaient sans cesse...
Le fait que de nombreuses bastides - les "villes nouvelles" de la période médiévale - aient été bâties dans cette vallée ne relève pas du hasard : les seigneurs attachés aux Rois de France ou d'Angleterre marquèrent ainsi leur volonté de contrôler cette région "sensible". Au cours de ces trois siècles, donc, on s'étripa à belles dents et ces petites agglomérations eurent beaucoup à souffrir, au gré des innombrables offensives et retraites... Ainsi, la bastide d'Eymet, édifiée sur décision du frère de Saint-Louis, ne resta française que huit ans avant de passer sous domination anglaise - et elle changera ensuite de mains à huit reprises au cours de la guerre de Cent Ans !

Même si elle fut violente, cette longue période troublée nous a heureusement laissé de nombreux témoignages, qui invitent à la flânerie et à l'itinérance : sur les 130 kilomètres de sa vallée, de la source de Capdrot jusqu'à Caudrot, lorsqu'il se jette dans la Garonne, le Dropt nous offre en effet une agréable alternance de paysages harmonieux et de cultures "raisonnées" et, surtout, des bastides, des cités médiévales, des villages de caractère, des ponts et manoirs, châteaux et forteresses, églises, abbayes et chapelles romanes - un patrimoine d'une richesse exceptionnelle...

Mais avant de partir, gardez en mémoire ce que disait il y a quinze siècles le poète latin Sidoine Apollinaire qui, évoquant la vallée du Dropt, y voyait "une image du paradis"...
Disait-il la vérité ? A vous, amis promeneurs, de nous le confirmer !

Ah, un dernier élément d'information, qui vous évitera d'être surpris : lorsqu'il pénètre dans l'Entre-deux-Mers après avoir traversé le Sud du Périgord et le Nord de l'Agenais, le Dropt perd son "p" et devient "Drot" ! D'après les spécialistes, l'ajout de ce "p" est lié à des erreurs cartographiques et constitue une véritable aberration... Le Dro(p)t est, décidément, une rivière à histoire !

Gérard Lallemant

Infos pratiques
Le Plan-Guide "Promenades et Randonnées sur le Canton d'Eymet", actuellement à l'impression, sera très prochainement mis à la disposition des randonneurs, notamment à l'Office de Tourisme du Pays d'Eymet ¨ Place de la Bastide, 24500 Eymet ¨ Tél 05 53 23 74 95

Encadré
Pierre Bacogne
Facteur de profession, Pierre Bacogne est considéré depuis plus de 20 ans comme la "mémoire" du canton d'Eymet, photographiant tout ce qui bouge et collectionnant (entre autres !) les coupures de presse se rapportant aux activités cantonales. Ses archives sont vraiment impressionnantes et... précieuses.
C'est lui qui a eu l'idée de cet itinéraire "au fil de l'eau en Pays d'Eymet", et qui a fait l'inventaire des sites.
Il est l'auteur des photos illustrant ce texte..

Encadré
L'Association Mixte Vallée du Dropt, Vallée des Bastides
Créée en 1999, ayant son siège à Issigeac, cette association a pris le relais d'un regroupement des Offices de Tourisme et Syndicats d'Initiative de la vallée du Dropt qui avait été provoqué en 1994 par Bertrand Alessandri - alors secrétaire général du SI d'Eymet.
Son territoire couvre 3 départements aquitains (Dordogne, Lot-et-Garonne et Gironde), 17 cantons et 250 communes, soit un bassin de vie de 100 000 habitants.
Son rôle est de promouvoir le riche patrimoine médiéval de la vallée, de susciter et de coordonner les actions et animations visant à le mettre en valeur, d'inciter à la découverte de ce patrimoine au fil de la rivière, sur le thème de l'itinérance et, à terme, de faire de cette vallée du Dropt la Vallée du Moyen Age.
Contact : 05 53 73 19 44.