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Marie François Pierre Gontier de Biran, dit Maine de Biran
Entre philosophie et politique, Maine de Biran fut
incontestablement un homme éclairé dans des périodes troubles
de l’histoire de France. Il reste encore méconnu et
sous-estimé de nos jours, alors qu'au début du XXe siècle, des
philosophes comme Léon Brunschvicg ou Henri Bergson le
considéraient comme l’un des philosophes majeurs de la période
moderne. Léon Brunschvicg, qui n’appréciait pourtant guère
Maine de Biran, reconnaissait que sa philosophie était, aux
côtés de celle de Kant et d’Auguste Comte, l’un des «trois
systèmes qui ont décidé la vocation spirituelle du XIXe siècle
».
Mais il semblerait qu'aujourd'hui l’œuvre du philosophe soit
encore absente des programmes de l’Université.
Marie
François Pierre Gontier de Biran est né à Bergerac, le 29
novembre 1766, de Guillaume (docteur en médecine) et de Marie
Camille Deville, deux familles très connues et respectées.
En 1785, il fait son entrée dans les Gardes du Corps du roi.
A partir de 1787 le jeune homme signe "Maine de Biran", du nom
d’une terre appartenant à sa famille.
Il participa aux événements de 1789 en défendant le château de
Versailles face aux révolutionnaires. Après la proclamation de
la République, le 22 septembre 1792, il jugea plus prudent de
se retirer sur ses terres bergeracoises, à Grateloup, commune
de Saint-Sauveur, près de Bergerac.
Il bénéficia de la chute de Robespierre en 1794 (le 9
thermidor an II) et fut nommé administrateur de la Dordogne
l'année suivante. Il fut ainsi chargé de restaurer l’ordre
compromis pendant la Terreur. Sa carrière politique était
lancée.
En cette même année, il épousa une créole, Louise Fournier du
Fradeil, qui mourut le 23 octobre 1803.
En 1797, Maine de Biran fut élu au Conseil des Cinq-Cents.
Quelques mois plus tard, le coup d’État du 18 Fructidor (4
septembre) invalida son élection ainsi que celles des députés
soupçonnés de tiédeur républicaine.
L’avènement du Consulat et la prise du pouvoir par Bonaparte,
décidèrent de son retour aux affaires, Maine de Biran voyant
ainsi dans la personne du Premier Consul, le pacificateur et
le constructeur dont la France avait besoin.
En 1802 il devint conseiller général de la Dordogne, en 1805
peu après la proclamation du Premier Empire, il fut nommé
conseiller de préfecture puis sous-préfet de Bergerac en 1806.
Comme sous-préfet, il se montra un excellent administrateur.
Au sein de son département, il fit preuve d’un grand dynamisme
et fut à l’origine de la construction de ponts devant
favoriser le développement du commerce. Ses préoccupations
hygiénistes l’incitèrent également à encourager l’assèchement
de marais insalubres et à organiser la mise en œuvre d’une
campagne d’inoculation.
Sur le plan culturel, Maine de Biran contribua à la protection
des monuments historiques et au développement de
l’enseignement public.
Au mois d’octobre 1812, il devint membre du Corps législatif
qui siège à Paris. De retour dans la capitale, Maine de Biran
montra bientôt son désaccord avec la politique militaire de
Napoléon Ier. Il fît ainsi partie de la " Commission des cinq
" qui, le 29 décembre 1813, osa présenter des remontrances à
l’Empereur en condamnant la poursuite de la guerre et la
suppression des libertés politiques. Son activité politique se
poursuivit après la chute de l’Aigle et avec la Restauration.
Maine de Biran est alors élu député de Bergerac et le restera
jusqu’à sa mort. En 1816, le nouveau souverain, Louis XVIII,
le nomme conseiller d’État.
Entre-temps, il s'était remarié le 3 mai 1814 avec Louise Anne
Favareille de Lacoustède.
Précurseur de la psychologie contemporaine
Parallèlement à cette carrière politique et administrative,
Maine de Biran se préoccupa de philosophie. Il adhéra ainsi à
la pensée des " idéologues ", très en vogue pendant la
République. Ceux-ci désiraient une philosophie sans Dieu.
Maine de Biran rejeta notamment l’idée que la raison puisse
démontrer l’existence de Dieu.
Le penseur écrivit beaucoup mais publia peu.
Il rédigea en 1802 un ouvrage intitulé Influence de l’habitude
sur la faculté de penser qui fut couronné par l’Institut. Ce
texte fut suivi quelques années plus tard, en 1805, d’une
autre publication, Décomposition de la pensée, où il s’attacha
à décrire le lien existant entre l’activité de la volonté et
la conscience, réfutant ainsi les théories kantiennes d’une
pensée pure.
En 1817, Maine de Biran publia un nouvel opuscule de cent
vingt pages, l’Examen des leçons de philosophie de M.
Laromiguière.
Il rédigea aussi l'article "Leibniz" pour la Biographie
universelle de Joseph et Louis-Gabriel Michaud, éditée à
partir de 1819.
Le philosophe poursuivit également ses recherches à travers
une suite de mémoires académiques :
- La décomposition de la faculté de penser en 1805,
- De l’aperception immédiate en 1807,
- Sur les rapports du physique et du moral de l’homme en 1811.
Il s’attacha notamment à développer la notion de conscience et
à montrer l’influence de l’état physique sur le moral. Son
spiritualisme se fondait sur une méthode d’analyse
psychologique du sujet, dont le moyen est, exclusivement,
l’aperception immédiate interne qui nous permet de saisir
notre "moi" comme une tendance, une libre spontanéité, une et
indécomposable. Ses analyses de l’effort volontaire
constituèrent un apport indéniable à toute philosophie de la
volonté. Il fut l’un des plus importants devanciers de la
psychologie contemporaine.
À la Société médicale de Bergerac qu’il avait contribué à
fonder, Maine de Biran rendit public des communications sur
des questions particulières. Il s’intéressa ainsi aux
perceptions obscures, au sommeil et aux songes ainsi qu’au
somnambulisme. Il réunissait régulièrement à son domicile
parisien, une société philosophique avec laquelle il pouvait
partager ses préoccupations métaphysiques.
Maine de Biran forma bientôt le projet d’un ouvrage sur les
fondements de la psychologie et qui ferait la synthèse de ses
réflexions. Il en commença la rédaction en 1813.
Peu après, le philosophe mit en chantier les Rapports des
sciences naturelles avec la psychologie. Sa pensée s’orienta
alors vers le mysticisme. Maine de Biran expérimenta ainsi
l’impuissance de la volonté humaine à contenir les désirs et
les passions. S’il parvint à distinguer, en l’Homme, sa vie
propre et celle de la divinité, le philosophe estima cependant
que celui-ci était dépendant de son créateur qui en faisait sa
cause.
Maine de Biran décéda à Paris le 16 juillet 1824, laissant
inachevé le grand traité sur la science de l’Homme qu’il avait
en projet. Il fut inhumé au Père Lachaise.
À l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, le 21
avril 1866, sa dépouille mortelle a été ramenée à
Saint-Sauveur dans le tombeau familial.
Sources :
LA CONNAISSANCE DE SOI CHEZ MAINE DE BIRAN
Bernard RIGAUX
Lycée Lamartine, Mâcon
Marie François Pierre GONTIER DE BIRAN, dit MAINE DE BIRAN
Par Jean-Marc Goglin sur
www.19e.org
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