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Savinien de Cyrano de Bergerac
Penseur et philosophe du XVIIe siècle, spécialiste de
l’anamorphose et inventeur de la science-fiction. Bien que
n’étant pas natif du Bergeracois, Cyrano de Bergerac marque
fortement l’image et l’identité de notre territoire.
Biographie :
Né en 1619, dans la vallée de Chevreuse où se trouve le
domaine familial, il vécut à Paris. Engagé dans le Cadets de
Gascogne à 19 ans, il fait preuve de bravoure. Il participe au
siège de Mouzon en 1639 et au siège d’Arras en 1640 avant de
quitter la carrière militaire.
Il retourne à Paris et mène une vie de libertin. Il rencontre
Gassendi et Molière. A 26 ans, il est atteint d’une «maladie
secrète». Il meurt en 1655 d’une poutre.
Ses écrits :
Lettres satiriques.
Il développe des figures de style. Nous sommes à l’époque de
la belle lettre. Il utilise un ton railleur et ironique.
Le pédant joué, théâtre
Il s’est inspiré de Lope de Vega et cette pièce fut reprise
par Molière. Le plagiat est une pratique courante à cette
époque où les droits d’auteur n’existent pas.
La mort d’Agrippine, tragédie.
Le Fragment de Physique
Œuvre scientifique inachevée mais très poussée. C’est un
aperçu de la passion du siècle pour la physique. Il
s’interroge aussi sur l’épistémologie, la vérité et l’optique.
L’Autre-Monde : les Etats et Empires de la Lune – les Etats et
Empires du Soleil, inachevée.
C’est un conte philosophique, récit d’un double voyage dans
l’espace. La prose est poétique. L’histoire s’inscrit dans une
mythologie pour apparaître comme une légende fabuleuse.
La pratique de l’anamorphose :
Son œuvre est traversée par la logique de l’anamorphose, C’est
une image difforme, sur un espace plan, offrant, d’un certain
point de vue, une autre représentation du réel, et cachant du
sens.
Procédé utilisé dans le domaine de l’art. Dürer veut en
apprendre l’art et Holbein peint en 1533 « les Ambassadeurs ».
Cyrano vit au temps des cabinets de curiosité. Ces lieux
exposent notamment des instruments d’optiques, réalisés à
partir de verres polis. Ces instruments justifient une
dissertation sur la vérité du réel et la fragilité du
paraître.
Bossuet (1662) parle de l’anamorphose pour signifier que « le
bon point de vue, c’est Dieu ». Leibnitz (1704). Descartes,
par son travail sur l’optique.
Un esprit scientifique :
Cyrano exerce un esprit scientifique pour réduire le réel. Il
démontre qu’il est possible de discerner des incertitudes aux
apparences : c’est une notion qui traverse l’ensemble de la
pensée baroque.
Cyrano met en scène un ciron (procédé utilisé par Pascal,
Montaigne et La Fontaine), un insecte vivant dans la farine.
Avant l’invention du microscope, c’est le plus petit animal
visible à l’œil nu. Comment un ciron perçoit le monde, de son
point de vue ?
« Est-il malaisé à croire qu'un pou prenne votre corps pour un
monde, et que, quand quelqu'un d'eux voyage depuis l'une de
vos oreilles jusqu'à l'autre, ses compagnons disent qu'il a
voyagé aux deux bouts de la terre ou qu'il a couru de l'un à
l'autre pôle? »
Cyrano décentre le regard du lecteur pour mieux analyser le
réel. Par ce biais, il démontre que l’humain considère le
monde à son échelle et non selon la réalité.
Le récit de l’Autre-Monde est un théâtre de la pensée, qui
jongle notamment avec les notions de vides, de mouvement et
des atomes. Par exemple, il joue sur la vitesse qui modifie le
réel.
Il développe une importante pré-science :
- La fusée : un engin spatial utilisant amorces et salpêtre.
- Les allocations familiales : « quand une famille a plus
d’enfant qu’elle n’en peux nourrir, la République les
entretient ».
- La montgolfière : « l’oiseau de bois ». Il utilise des
fioles de rosée pour une propulsion verticale.
- La loi de l’apesanteur.
- Le mégaphone : « le grand pontife prit la parole […] il
s'était servi pour déclamer d'un instrument dont le bruit
m'étourdissait: d'était une trompette ».
- Le livre électronique : « Dans une boîte, je trouvai un je
ne sais quoi de métal presque semblable à nos horloges. C’est
un livre […] qui n’a ni feuillets, ni caractères. C’est un
livre où les yeux sont inutiles, on n’a besoin que des
oreilles. Quand quelqu’un souhaite lire, il tourne l’aiguille
de cette machine sur le chapitre qu’il souhaite écouter ».
- L’ampoule électrique : des vers luisant placés dans un bocal
de verre.
- L’énergie nucléaire : des rayons du soleil sont purgés et
condensés dans une ampoule.
- La caravane : maison de bois léger posée sur des roues.
- La maison écologique : logis mobile et rétractile en
fonction du climat.
Qu’est-ce qui fait l’homme ? Qu’est-ce qui définit l’animal ?
Dans son récit, un homme est jugé par un peuple d’oiseaux. Il
n’est pas considéré comme humain car il ne possède ni bec, ni
plumes. Cyrano parle d’un « peuple d’oiseaux vivant sur une
autre planète croyant que la Terre est peuplée de singes qui
n’engendrent point ».
C’est le roman du monde tel que la nouvelle science et
l’astronomie du XVIIe siècle permettent de l’imaginer.
Le panthéisme enchanté
L’Autre-Monde est le roman des métamorphoses. Il témoigne de
la doctrine panthéiste qui affirme notamment que Dieu, sans
être ni juge, ni créateur et n’ayant pas de figure
anthropomorphe, est une entité qui n’est pas séparé du monde.
Cyrano ne donne pas de figure identifiable à ses personnages,
son style se base sur un jeu de lecture anthropomorphe : une
touffe d’herbe devient Pape, le choux souffre d’être décapité,
des aigles deviennent des rossignols.
Dans l’Autre-Monde, le lecteur ne sait pas quel est le
véritable personnage incarné par Cyrano. Le personnage est le
monde. Cette doctrine n’est pas un athéisme mais il y
contribue. Le réel est Dieu. Il est matière et présence de
vie. Dieu n’est plus une entité, Dieu est le Cosmos. Comme il
n’est nulle part, il est partout.
Il adopte une position philosophique ironique : « Il faut rire
du réel tel qu’il est ». Il ne parle pas à la première
personne. Sa pensée est cachée. Elle se développe en archipel,
en série.
Je suis potentiellement l’autre : « Une motte de terre,
engrossée par le Soleil, avait accouché d’un homme ». La
Matière est ingéré pour devenir ensuite une matière régéré. Il
affirme que notre forme vivante n’est que passagère. Il
mélange le genre végétal, minéral, animal et humain. Il
propose une vision horizontale de la vie. Dans son roman,
Cyrano met en scène des danseurs qui créés un homme, comme des
atomes, composant un ensemble plus complexe, d’une autre
nature.
Tout est dans tout et réciproquement mais avec des formes du
vivant distinctes : « douze mille oiseaux se métamorphosent en
une rivière et un bateau ». Ce procédé permet une
communication entre le rêve et le réel. Il Propose la sa
survie par les odeurs. Dans le roman, la monnaie n’existe plus
et on paye avec des alexandrins. Ainsi, il annonce la
virtualité du visible et la visibilité du virtuel.
Le jeu utopique de l’auteur est très sérieux. Par ce biais, il
avance des propositions philosophiques alternatives. Son récit
est un laboratoire d’une liberté de demain. Il s’attaque au
lieu commun du XVIIe siècle qui considère l’imagination comme
la folle du logis. Du coup, l’imagination n’a rien à voir avec
la fantaisie. Elle est ce qui va rendre la réflexion critique
et possible. Il donne à la raison les moyens de mener ses
enquêtes.
Rien n’est chimérique à partir du moment où les idées sont
pensées. Que veut dire rêver dans un rêve ? L’utopie est une
réalité qui n’est pas encore là.
Le démontage du religieux
Cyrano propose dans son roman un démontage audacieux du
religieux dans un siècle où il est dangereux de penser.
Il se moque de ceux qui considèrent la sexualité comme péché
mortel. Il écrit : « la virginité est un crime » pour dire que
la sexualité est libre. Un médecin visite chaque couple pour
leur prescrire « tant et tant d’embrassement ». Un de ses
personnages porte un phallus en amulette : « l'écharpe dont
cet homme est honoré, et où pend pour médaille la figure d'un
membre viril, est le symbole du gentilhomme ». Cette
exposition signifie que le sexe est l’origine de la vie.
Si nous sommes ignorants, c’est la faute de Dieu. Le miracle
contrarie l’ordre de la Nature, cela ne peut être. L’Eglise
utilise des miracles car l’homme ne se sert pas de sa raison.
Nous créons un Dieu pour nous compliquer la vie. Prier, c’est
de la superstition. Il met en scène un tribunal qui « refuse
de juger lorsque le ciel est couvert ».
Nous avons un libre-arbitre, capable du meilleur comme du
pire. Les mouvements des êtres sont mécaniques. Tout est
variation et sentiment de puissance, allant au delà du Bien et
du Mal. Il rejette la culpabilité et la peur que la religion
inculque aux hommes. Il annonce la débâcle des dogmes.
La remise en cause du pouvoir politique
Dans l’Autre-Monde, Cyrano démonte le politique. Le « je »
employé ébranle l’ordre collectif décidé par les pouvoirs en
place. Il amorce une réflexion sur l’essence du pouvoir : «
Les rois sont changés tout les six mois ». Le pouvoir n’existe
que pour par le consentement des personnes gouvernées : « Etre
roi n’est pas un privilège, il en coûte ».
Cyrano invite le lecteur à la contestation : « chaque semaine
[le roi] tient les Etats […]. S’il se rencontre seulement
trois oiseaux mal satisfaits de son gouvernement, il est
dépossédé et l’on procède à une nouvelle élection ».
« Les sujets se mettent sur le dos pour parler au roi » : il
employe cette figure de style pour poser la question sur la
normalité des pratiques, le bien-fondé des valeurs qui fondent
une société. Il proclame la faillite des modèles.
Critique de la guerre et éloge de la paix. « Choisissons nos
rois parmi les plus doux et les plus pacifiques ». Il propose
des valeurs républicaines : « la société idéale doit se fonder
sur le culte de l’amitié » ; « la première loi […] pour la
manutention de la République, c’est l’égalité », « Songez à
librement vivre ».
Sources :
Cyrano de Bergerac, Œuvres complètes, Belin
Cyrano de Bergerac, Les Etat et Empires de la Lune – Les Etats
et Empires du Soleil, Folio
Michel Onfray, Contre-histoire de la philosophie, vol. 6,
Frémeaux et associés (CD audio)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Savinien_de_Cyrano_de_Bergerac
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