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Albert Claveille (1865-1921)

Albert ClaveilleL'exemplaire ascension sociale d’Albert Claveille

Retracer l'existence d'Albert Claveille tient du conte ou de l’histoire de fée. Il naquit le 1er Janvier 1865 à Tuilières, commune de Mouleydier, issu d'une famille excessivement modeste : sa mère y tenait une petite auberge et son père était un simple tâcheron journalier.
Le jeune garçon fréquentât l'école publique de Mouleydier. Il passa son Certificat d'Etudes Primaire avec une telle facilité que son instituteur, un des fameux "hussards noirs de la République" incita ses parents à lui permettre de poursuivre sa formation au collège Henri IV de Bergerac où il devint bachelier Es-sciences à l'âge de 15 ans.
Devant l'impossibilité de lui assurer financièrement de plus longues études, il se fit recruter comme auxiliaire aux Ponts et Chaussées de Bergerac. Remarqué pour ses connaissances et son application dans son travail il passa conducteur de travaux en 1885 puis entra comme attaché aux Ponts et Services Maritimes de la Gironde à Bordeaux.

Cette nouvelle affectation lui permit de suivre des cours en faculté, décrochant une licence Es-sciences en 1891. Nanti de ce diplôme il passa avec succès le concours d'admission à la grande Ecole Nationale des Ponts et Chaussées dont il sortira, trois ans plus tard, major de sa promotion. Ingénieur ordinaire en 1899, il deviendra Ingénieur en Chef en 1907 puis Inspecteur Général en 1914. Remarqué par l'Administration, le gouvernement lui confia en 1911 le poste de Directeur des Chemins de Fer de l’Ouest, chargé jusqu'en 1915 de la réorganisation de ce réseau, tâche qu'il accomplit avec compétence, usant parfois de stratagèmes en voyageant incognito comme un simple client pour mieux évaluer l'action de ses employés. De 1915 à 1917, Sous-Secrétaire d' Etat aux transports il fut notamment responsable des munitions. Du 12 septembre 1917 au 20 janvier 1920, il fut Ministre des Travaux Publics, des Transports et de la Marine marchande dans les cabinets Poincaré puis Clémenceau, celui de la Victoire. Revenons sur deux réalisations qui le classèrent dans nos gloires locales. Après sa brillante sortie de l' Ecole Nationale des Ponts et Chaussées, il revint en Dordogne et c'est de sa forte volonté que naîtra la construction du barrage de Tuilières de 1905 à 1909, près des lieux où il passa son enfance. Usine mixte hydro-électrique et thermique, son exploitation fut confiée à l' Energie Electrique du Sud-Ouest (E.E.S.O).

Albert Claveille fut heureux de pouvoir créer des emplois et d'améliorer, grâce à l'électricité, le sort de ses contemporains. C'est dans ce même désir d'aménagement de la Dordogne, qu'il mit en chantier le barrage de Mauzac, ponctuant ainsi le canal latéral à la Dordogne par deux centrales. Pendant la Première Guerre mondiale de 1914 à 1918, la nécessité d'une poudrerie s'avéra urgente. Il choisit Bergerac qui possédait outre ses préférences marquées pour une région qu'il aimait, trois atouts essentiels : une vaste étendue de terrains disponibles aux Blanquies, une réserve d'eau importante avec la proche rivière et enfin une importante source d'énergie électrique avec la proximité de Tuilières, facilement raccordable avec des lignes à haute tension. Cet établissement qui compta plus de vingt mille ouvriers fut longtemps une source d'emploi pour le Bergeracois. Se consacrant à des tâches considérables, Albert Claveille avait délaissé la politique locale. Il attendit la fin de la guerre pour y venir tardivement d'une manière inhabituelle. Devenu Sénateur de la Dordogne au premier tour, le 11 janvier 1920, il fut ensuite élu Conseiller général, enfin Maire de Mouleydier à la demande de ses concitoyens.
Notons que renouant avec le collège Henri IV de Bergerac, il présida l'Amicale des Anciens Elèves de 1920 à 1921, années de sa disparition. A proximité du barrage et près de sa maison natale il avait fait édifier une belle villa où il venait se reposer. C'est en ces lieux qu'il décède le 6 septembre 1921 à l’âge de 56 ans alors qu'il mûrissait bien des projets pour améliorer le bien-être de ses contemporains. Il repose au cimetière voisin de Saint-Cybard ne laissant pas d'héritier direct. Ce fils exemplaire qui n'oublia jamais ses parents, notamment sa mère devenue veuve, a bien mérité de notre reconnaissance. Qu'en ces temps troublés, son exceptionnelle carrière soit le témoignage, toujours actuel malgré les ans, que l'avenir de nos jeunes reste tributaire de leur travail et de leur persévérance dans l'effort, quel que soit le niveau professionnel ou social raisonnablement espéré !

Sources :

Bulletin des Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac n° 33 (juin 2006), auteur M. Christian Malafaye
Photo d'Albert Claveille : Mme Ghislaine Faurie-Lajonie, Bibliothèque municipale de Bergerac.


Mme Rolande Loisele
: documentaliste-archiviste de
l'Association des Amis de la Dordogne et du Vieux Bergerac
(http://amisbergerac.canalblog.com)

 

 
 

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