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Historique,
présentation de Villefranche de Lonchat et des environs
En PÉRIGORD, il est un joli canton ignoré de la plupart des
touristes et de bien des Périgordins. C'est celui de
Villefranche-de-Lonchat, situé entre Isle et Dordogne, aux
confins du Bordelais. Trait d'union naturel entre deux provinces
de cultures différentes, il habille de vignes, vers l'ouest, ses
coteaux pierreux, et dessine vers l'est le quadrillage de ses
prés et de ses champs. Des boqueteaux, fils lointains de
l'antique forêt de la Double, émergent ça et là, prenant
l'ampleur de grands bois sur le versant périgordin. Des
ruisselets courent au creux des vallées, quelques-uns allant
vers l'Isle voisine, les autres rejoignant la paisible Lidoire.
Cette riviérette, au passé chargé d'histoire, borde ou traverse
le canton avant de se joindre à la Dordogne aux abords de
Castillon-la-Bataille, en Gironde. Paysages agrestes et
vallonnés où les bourgs, juchés sur des éminences rocheuses, ont
belle vue sur un large horizon.
Si les premiers hommes ont laissé maints témoignages de leur
existence en cette contrée, si les gallo-romains y fondèrent des
établissements dont le soc des charrues remue les vestiges, il
est incontestable que la vie moyenâgeuse s'y organisa, de
préférence, à flanc ou à la cime des coteaux. Des prieurés à
Lopchac, Montpeyroux, Saint-Méard-de-Gurson et Carsac
favorisèrent le développement des paroisses. De cette époque de
foi constructive, et malgré tant de destructions postérieures,
il reste trois églises romanes qui méritent une visite :
Montpeyroux pour son abside, Saint -Martin-de-Gurson pour sa
façade richement sculptée, Carsac dont l'ensemble architectural,
bien conservé, est d'une beauté sobre et prenante.
Villefranche, bastide de la fin du XIII° siècle, créée par
Edouard 1er d'Angleterre, a succédé à la paroisse initiale de
Lopchac, dont l'église a été reconstruite au XIV° siècle, au
moment où s'édifiait la chapelle à l'intérieur de la ville. Ces
deux sanctuaires gothiques, d'aspect robuste et simple,
dépourvus de sculptures, portent aussi la marque d'une époque,
celle où consuls et habitants de la bourgade nouvelle
disposaient de moyens très limités. Aussi prenaient-ils tous
part, d'un même cœur, à la besogne. Ce labeur collectif
d'inspiration médiévale a été renouvelé dans les années 60 par
les paroissiens de Villefranche pour la réfection de leur
chapelle. Elle apparaît maintenant dans sa nudité primitive qui
lui donne une remarquable puissance d'évocation. Là aussi, un
arrêt ne décevra pas le visiteur.
On peut s'étonner que Villefranche n'ait pas conservé, comme
certaines bastides, des portes, des remparts et autres témoins
de son passé. Mais cette région frontière a subi, plus que
d'autres, les dévastations des guerres anglaises et, plus tard,
celles des guerres religieuses. La construction de plusieurs
routes, au siècle dernier, a achevé les destructions. La Lidoire,
qui sépara des seigneuries, puis l'Aquitaine anglaise du
Périgord, n'a pas toujours coulé dans l'ombre calme des futaies.
Des châteaux-fort, voisins dans Puynormand et Puy-Chalus, de
celui de Gurson, dressé sur sa butte de 110 m. dans la paroisse
de Carsac, sortirent maintes fois des troupes armées se livrant
des combats, détruisant fermes et récoltes. La célèbre bataille,
dite de Castillon, où l'artillerie de Jean Bureau, adossée à la
Lidoire, fit merveille, dut faire frémir notre canton tout
entier. Dévasté à nouveau au XVIème siècle par des luttes
sanglantes, tous ses prieurés furent alors détruits. Au XVIIème
siècle, le comte de Gurson, Frédéric de Foix, en fonda un
nouveau, dans la paroisse de Saint Martin-de-Gurson, qui ne
résista pas à la tourmente révolutionnaire.
Après chaque épreuve, si dure fut-elle, renaissaient la volonté
patiente et l'activité féconde grâce auxquelles la vie revenait
dans nos campagnes. Les XVIIIème et XIXème siècles connurent son
apogée. Aux nombreuses exploitations rurales s'ajoutait un
artisanat habile et varié. Quantité de moulins et de tuileries
bordaient l'Isle et surtout la Lidoire non navigable. Une
faïencerie, établie à Montpeyroux, était en plein essor vers
1820. Des cultures diverses s'ajoutaient à celle de la vigne,
dont le vin de qualité était fort prisé et exporté en partie
vers la Hollande.
Laissant dans la pénombre des siècles écoulés les plus tristes
souvenirs, rappelons plutôt que le roi Henry de Navarre
chevaucha maintes fois nos sentiers et nos bois, allant chez ses
cousins de Gurson, chez son ami Montaiqne, ou, simplement, de
son château de Puynormand vers Sainte-Foy ou Bergerac, à travers
sa seigneurie de Villefranche. On sait peu que les seigneurs de
Gurson, catholiques fervents, se dévouèrent sans mesure à la
cause royale et au roi de Navarre, huguenot. Quatre d'entre eux
furent tués, à la fin du XVI° siècle, en combattant sous la
bannière du Béarnais. Par contre, on garde souvenance de
Suzanne-Henriette de Foix de Candale, dame de Gurson à la fin du
XVII° siècle ; célèbre pour sa piété et son amour des pauvres,
elle avait fondé à leur intention un hôpital dans sa terre de
Montpon.
Comme la plupart des campagnes françaises, le canton de
Villefranche-de Lonchat est victime de la vie moderne et de
l'industrialisation. Les difficultés croissantes de ses
exploitations agricoles entraînent une inévitable dépopulation.
Les caves coopératives vinicoles de Villefranche-Minzac et
Carsac-Saint-Martin-deGurson, parfaitement installées, subissent
la baisse des cours et la concurrence des vins étrangers. Or, la
vigne est la culture principale du canton et fournit
d'excellents vins blancs et rouges.
Cette région possède cependant des éléments favorables à un
développement du tourisme : air vif et particulièrement sain,
routes parfaites, charmantes promenades dans des sites
captivants, vers les jolies églises romanes, la vallée de la
Lidoire ou le manoir de Matecoulon dans Montpeyroux. Si les uns
préfèrent aller pêcher dans l'Isle à Moulin-Neuf ou dans la
solitude ombragée de la Lidoire, d'autres choisiront de faire
des excursions soit vers le château de Montaigne, Montcaret,
Saint-Emilion et le Bordelais, soit vers Montpon, la forêt de la
Double, la vallée de l'Isle et le Périgord. Tous trouveront de
simples et honnêtes hôtels, à Villefranche,
Saint-Martin-de-Gurson, Saint-Méard-de-Gurson ou Moulin-Neuf,
des repas substantiels arrosés des bons vins du terroir. Un
intéressant musée, installé dans la mairie de Villefranche, leur
permettra de prendre contact avec le passé historique et
artisanal de ce coin de Périgord. Ils apprécieront alors, mieux
encore, du belvédère naturel que forme le bourg de Villefranche,
le vaste et harmonieux panorama dominé par les ruines enlierrées
de Gurson. Poste de vigie dès le haut moyen-âge, Gurson eut un
château dès le XI° siècle. Les Anglais s'en emparèrent au XIII°.
Il devint alors la possession des fidèles et vaillants vassaux
du roi d'Angleterre, les Grailiy, puis de leurs descendants les
Foix-Gurson, à partir du XV° siècle. Inhabité dès 1630 environ
et non entretenu, il était déjà très ruiné avant la Révolution.
Malgré sa vétusté, il évoque encore de façon altière le château
médiéval veillant sur le pays qui fut jadis sous sa garde.
Un beau paysage et un grand passé donnent à cette région un
charme particulièrement attachant. |