Pour les
histoires à la veillée, lorsque, heureusement ou
malheureusement, la télévision est en panne, voici
quelques questions autour de l’argent, de nos courses au
marché et de la surface des forêts et des champs.
Parlons monnaie : demandez à quelqu’un « depuis quand le
franc est-il une unité monétaire chez nous ? » Après un
peu de réflexion, on vous dira la Révolution. Ce n’est pas
cela et c’est même bien avant.
C’est au quatorzième siècle qu’ont été frappés les
premiers francs, cela pour payer la rançon du roi Jean le
Bon alors prisonnier des Anglais ; la pièce représentait
un chevalier qui lui, était libre – franc - par rapport au
roi qui était en prison. Cette pièce était baptisée « le
franc à cheval ». En 1576, Charles V introduisit le «
franc à pied », qui représentait le portrait du roi.
Politiquement parlant, c’était une avancée vers la notion
de nation pour contrecarrer les frappes régionales, comme
celles qui se pratiquaient à Tours, avant de devenir le
lieu officiel de la royauté, avec « la livre tournois ».
Les pièces étaient une manière facile de donner un poids
d’or garanti par les empreintes de la frappe ; une pièce
était un poids et quand on en avait beaucoup, on comptait
les pièces en les pesant. Dans « Ali Baba et les quarante
voleurs », la belle- sœur jalouse d’Ali Baba dit à son
mari : « Ton frère ne compte plus son or, il le pèse ».
Lorsque des financiers ont « rognés » des pièces, la
valeur de la pièce ne correspondait plus à son poids. A
ces époques, on parlait aussi de « livre ». Il en est
resté une confusion dans le langage. Quand on parlait
d’une rente qu’on l’exprimait en livres, snobisme* oblige.
La livre a perdurée comme unité de compte. Franc et livre
avaient la même valeur.
« Peser et mesurer » se pratique depuis longtemps ; hors
d’une référence commune c’est un bel imbroglio. La livre
poids était, déjà, en usage chez les Romains, divisé en
dix puis douze onces. Charlemagne fit une première
tentative d’une unification de poids, en imposant celui
utilisé dans le commerce des métaux qui, même ordinaire,
était fort chers. La livre de Charlemagne, évalué à 489
grammes, se divisait en deux marcs. Ce poids fut très
variable, selon les temps, les produits et les régions,
jusqu’à sa normalisation par la « Convention ». Celle-ci,
connaissant la résistance des Français au changement,
établit que, pendant 39 années, elle tolérerait l’emploi
d’une « livre métrique » de 500 grammes ; on aurait du
dire, comme aujourd’hui : demi-kilo. Le dictionnaire «
Larousse » dont je me suis servi pour raconter tout cela,
termine l’article sur la livre en disant qu’elle « est
restée abusivement en usage, dans le commerce de détail »
; l’édition de ma source est de 1930.
Le dernier point dont je voudrais parler, au risque de
paraître grincheux est « l’are » dont on ignore en général
que l’usage en est légalement aboli mais toléré
provisoirement par les institutions, la Conférence
Internationale des Poids et Mesures** dont le siège est,
près de Paris, dans le Pavillon de Sèvres à Breteuil.
L‘institution du système métrique international a été
établie en 1875. La mesure de longueur, mondialement
légale, est le « mètre ». On mesure les surfaces en «
mètres carrés » et les volumes en « mètres cubes ».
Ces propos m’ont été inspirés par les violents et
dommageables incendies dont les télévisions nous ont
parlés pendant l’été. On nous a parlé de milliers
d’hectares de forêts détruits ce qui ne me représente
rien, comme à bien des Français, sans doute. Le ton
alarmiste du journaliste semblait dire que nous devions
considérer que mille hectares « c’est beaucoup ».
Comment apprécier 1000 hectares ? C’est la superficie du
territoire d’Issigeac, à peu de chose près. Un hectare
représente un carré de : 0,1 km x 0,1 km soit : 0,01 km².
1000 hectares, c’est 10 km² : un carré d’environ 3,1 km de
coté ou un cercle d’environ 3,560 km de diamètre.
J’ai fini ces anecdotes que je rapporte pour notre
plaisir.
Jean-Pierre
NICOLE
* Snob. Des collèges anglais où dans les listes
d’inscription des élèves, était portée l’une ou l’autre
des mentions : « nob. » ou « s. nob » signifiant : « nob »
nobilitate = noble, connu ; « s. nob » = sine nobilitate
sans noblesse. Depuis longtemps les snob imitent les nob,
les imitations voulues ou non, qui font souvent rire.
** Du livre « la conversion des unités scientifiques » de
F. Cardarelli.